L'école de la double compétence
Technologique et manageriale

Depuis plusieurs années, Ionis-STM compte Olivier Rozenkranc dans son réseau d’intervenants. Celui qui enseigne la méthode agile aux étudiants de 4e et 5e années et anime le Club des Jeunes Entrepreneurs est également un entrepreneur à succès. Dernière preuve en date : Aston iTrade Finance, société dont il est le CTO (pour chief technology officer), a été désignée Fintech de l’année 2015 par le pôle de compétitivité Finance Innovation, le cabinet d’experts Lunalogic et le magazine Bonjour idée. L’occasion d’aborder avec lui son parcours et sa vision de la création d’entreprise.

ionis-stm_interview_entretien_olivien_rozenkranc_intervenant_cofondateur_consultant_technologies_cto_innovation_methode_agile_decouverte_business_entrepreneuriat_2016_01.jpgSi l’on devait définir la méthode agile en quelques mots, quels seraient-ils ?
« Think different ». Autrement dit, il s’agit de penser autrement la gestion de projets et de façon générale les problèmes globaux que tout à chacun peut rencontrer dans la vie. C’est chercher de nouvelles approches pour continuer à avancer.

Comment êtes-vous arrivé à l’entrepreneuriat ?
Même si je suis un entrepreneur dans l’âme et que je me définis plutôt aujourd’hui comme un « serial cofondateur », j’ai un parcours complétement atypique. Au départ, je viens de la technique et j’ai toujours été le « bras armé » des gens qui ont des idées, celui qui transforme l’idée en projet puis en produit. Toute ma vie professionnelle tourne autour de cette relation. Déjà adolescent, de la seconde jusqu’au baccalauréat, je concevais les premiers logiciels de Nathan dans le domaine de l’EAO (ce qu’on appelle communément l’e-learning aujourd’hui). Ce fut mon premier succès puisqu’on retrouvait ces logiciels dans tous les lycées de France et de Navarre. Jusqu’au début des années 2000, j’ai continué ainsi, en tant que développeur geek. Et puis, en 2001, je me suis mis à mon compte, plutôt faire travailler les autres. Depuis, je fais du conseil et, même si ce dernier peut être très opérationnel, je ne développe plus moi-même.

D’où cette étiquette de serial cofondateur.
Oui et, en général, j’occupe plutôt la fonction de CTO, soit celui qui s’occupe du produit et de la techno.

D’ailleurs, vous aviez été sélectionné par le site d’informations Maddyness pour faire partie du top 100 des CTO Innovants en France.
C’est vrai. Avec cette casquette de CTO, j’ai pu obtenir de nombreux prix d’innovation, comme à Capsule Tech par exemple, où j’ai évolué sept ans à la fois en tant que CTO et dirigeant. Pour la sélection de Maddyness, c’est avec une autre société ou je suis associé qui s’appelle ROK Solution et pour laquelle j’ai travaillé deux ans. Par contre, que ce soit à Capsule Tech ou ailleurs, je ne suis rarement à plein temps dans une société : en général, je passe trois jours maximum par semaine dans les entreprises auxquelles je suis lié.

Si Capsule Tech a été rachetée en 2015 par Qualcomm quelques centaines de millions de dollars, c’est grâce à votre travail au départ de la société, non ?
C’est vrai qu’avec ce rachat, quasiment tous les hôpitaux américains disposent désormais de la solution que j’avais mise au point avec Capsule Tech. À l’origine, il s’agissait d’une solution de connexion d’appareils médicaux dans les chambres d’hôpital. Quand vous êtes un patient, vous êtes entourés de moniteurs, de pompes, etc., et, au début des années 2000, il fallait connecter le tout au système d’information de l’établissement, ce que nous avons réussi à faire. Depuis, le concept s’est encore enrichi, avec le développement d’un environnement patient tout autour du lit pour contrôler les allées et venues, etc. Ce qui est intéressant, c’est que ce marché-là n’existe toujours pas en France ! D’ailleurs, c’est amusant de se dire que, parmi les sociétés françaises où je suis passé, nombreuses sont celles qui trouvaient des leviers de développement aux États-Unis plutôt qu’en France.

Dernièrement, un autre succès est à mettre à votre actif : le prix de la Fintech de l’année décerné à Aston iTrade Finance. Depuis quand en êtes-vous le CTO en mode free-lance ?
Depuis près de 18 mois car j’ai pris la direction en automne 2014. Par contre, le terme « fintech » veut tout dire et rien dire, puisqu’on peut y regrouper des sociétés BtoC, BtoB, de crédit, etc. Aston iTrade Finance propose une solution qui va servir l’assurance-crédit, les factors, et va faire également un logiciel de relance du poste client d’un point de vue comptabilité, soit les relances des factures impayées. C’est le genre de plateforme qui va « cruncher » beaucoup de data : on avale la comptabilité des clients toutes les nuits pour ressortir des indicateurs clés, des tendances. Ça, c’est la partie assurance-crédit/factors. Il y a ensuite la partie très fonctionnelle liée à la relance client, via le logiciel qui va gérer les retards de paiement. Aujourd’hui, Aston travaille essentiellement avec des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et des grands comptes BtoB.

Lorsqu’on est sur différents fronts en même temps, comment fait-on pour ne pas se perdre ?
C’est une très bonne question ! Je pense que, pour y arriver, il faut bien compartimenter son agenda et être totalement investi les jours où vous êtes présents dans telle ou telle société. C’est le point principal. Ensuite, il convient également d’avoir une grosse capacité de travail car chaque client – et c’est bien normal – vous veut à 100 %. Pour ma part, quand je suis présent une fois par semaine dans une entreprise, c’est en général pour un rendez-vous « mécanique ». Quand je suis présent trois jours par semaine, cela va au-delà : 100 % de mon temps est alors dédié à mon activité auprès de la société. Il faut être en mesure de montrer aux gens qu’ils sont uniques et que vous êtes entièrement dévoué à l’entreprise. Le pari est gagné quand vous réussissez à faire oublier que vous êtes là seulement trois jours par semaine. Cela donne souvent des journées de travail très longues. Evidemment, quand je suis trois jours par semaine dans une entreprise, je n’enchaîne pas deux jours pleins dans une autre structure derrière : ces deux jours concernent surtout des activités plus ponctuelles. Je ne mène pas de missions de CTO chez deux clients en même temps : faire cela serait contreproductif. Enfin, pour être honnête, je ne suis pas certain qu’il aurait été possible pour moi de faire ce métier il y a 20 ans : si le management des équipes requiert une présence physique, on peut gérer et faire des rapports grâce aux smartphones, aux montres connectées et à l’informatique. Il faut profiter des technologies actuelles. Elles permettent de ne pas être tout seul.

Malgré ces journées bien chargées, vous êtes également intervenant au sein de Ionis-STM. Qu’est-ce que vous apporte ce « rôle d’enseignant » ?
Depuis tout petit, j’ai cette valeur de l’enseignement, cette idée qu’on ne peut grandir qu’en partageant son savoir-faire, ses connaissances. C’est vraiment ancré en moi, y compris quand je suis en entreprise avec le transfert technologique. Au fond, cela rejoint les valeurs de l’agilité : la communication, le fait de faire confiance aux hommes plutôt qu’aux contrats. La transmission, c’est quelque chose de naturel et très positif.

Ce besoin de partage explique aussi votre volonté de créer le Club des Jeunes Entrepreneurs.
L’intérêt de ce club est de préparer les étudiants qui, une fois leur diplôme en poche, seront potentiellement amenés à créer leur société. Le Club n’a pas la vocation d’aller jusqu’au bout de la démarche entrepreneuriale comme peuvent le faire les incubateurs : il permet simplement de comprendre, en quelques heures réparties sur l’année, ce qu’est un entrepreneur, à quoi correspond un financement, comment passer d’une idée à un concept/projet, etc. L’idée, c’est de s’initier de manière concrète aux principales composantes de l’entrepreneuriat. Le concret est capital pour moi, sachant que je suis quelqu’un qui donne énormément de retours d’expériences. Ma façon d’enseigner repose davantage sur le partage que sur un mode de fonctionnement académique. Je me base plus sur le vécu que sur la théorie.