Actualités de Ionis-STM Les soft skills vus par Valérie Pham-Trong, directrice de Ionis-STM - Ionis-STM

L'école de la double compétence
Technologique et manageriale



Dans le IONIS Mag 36, Valérie Pham-Trong, directrice de Ionis-STM, signait une tribune consacrée aux soft skills et à leur impact sur le monde de l’entreprise. Vous pouvez dès à présent la découvrir en intégralité ci-dessous.

Les softs skills : moteurs de la réussite sociale et professionnelle

Longtemps, le système éducatif a considéré sa mission comme circonscrite à un transfert de connaissances des enseignants vers les apprenants, principalement en termes de savoir et savoir-faire. Bien entendu, dans les faits, le savoir-être jouait un rôle essentiel, bien que non théorisé, dans le déroulement des carrières et dans la vie sociale en général. Ce n’est qu’au début du 20e siècle que l’importance du savoir-être, aussi appelé « soft skills », a été officiellement reconnue comme primordiale au sein de la sphère éducative et professionnelle.

Des économistes renommés – en particulier le prix Nobel d’économie James Heckman – ont ainsi prouvé que les soft skills étaient directement liées au taux d’employabilité. Dans le domaine de la psychologie, Angela Duckworth et Martin Seligman prouvaient eux à quel point ces soft skills permettaient de prédire avec plus de certitude que les mesures conventionnelles, comme le QI, le succès à venir des étudiants. Aujourd’hui, les recruteurs dans le monde entier reconnaissent que le développement du savoir-être chez les étudiants et les professionnels est vital à la prospérité, en particulier dans un monde globalisé.

L’enquête menée tous les trois ans par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur le suivi des acquis des élèves a d’ailleurs introduit en 2015, dans ses tests, la résolution collaborative de problèmes au même titre que l’anglais, les mathématiques et la science. L’OCDE mène d’ailleurs actuellement une vaste étude pour évaluer la progression de ces soft skills dans l’éducation. Un mouvement quasi universel est donc en cours pour intégrer le développement du savoir-être dans le système éducatif à partir de 2017.

Qu’entendons-nous exactement par savoir-être ou soft skills ? Les soft skills peuvent ainsi être classées en plusieurs catégories d’aptitudes :

  • La capacité à utiliser la technologie pour accéder à l’information, créer des produits et services et résoudre des problèmes.
  • L’esprit critique et créatif ou la capacité à penser et se confronter à des problématiques.
  • Les qualités personnelles et sociales, l’empathie, l’appréciation de la diversité et la capacité à travailler au sein d’un groupe.
  • L’éthique, la compréhension des valeurs et concepts qui soutiennent la pensée.
  • Les relations interculturelles, la capacité à s’intéresser à sa propre culture et à apprendre de celle des autres et de leurs croyances.Les soft skills sont donc des qualités souvent associées à l’intelligence émotionnelle.


Les compétences synergiques et le concept d’émergence

Les soft skills présentent aussi un intérêt à l’échelle du groupe, de l’équipe. En effet, la science des systèmes complexes, théorisée par Donella Meadows en 2008, avance le postulat que la somme des soft skills individuels des membres d’une équipe est supérieure à leur addition simple. Autrement dit, le tout est plus grand que la somme des parties.

Prenons un exemple, A et B travaillent ensemble sur un projet : A est développeur, ayant une capacité poussée de concentration et un esprit analytique ; B est UX designer, empathique et créatif. Nous pouvons donc comptabiliser quatre soft skills élémentaires et, pourtant, de l’observation de cette équipe, trois soft skills additionnelles ont émergé : la confiance, la conscience et l’optimisme. On comprend alors mieux pourquoi les soft skills, ces compétences non cognitives, sont à juste titre considérées comme les vecteurs de la réussite d’une organisation.

L’importance des soft skills pour les recruteurs

Ainsi, le World Economic Forum prédit que, dans notre monde globalisé et toujours plus connecté, le nombre de postes faisant appel de manière intensive aux soft skills est appelé à croître à une vitesse 2,5 fois plus rapide que le nombre de postes nécessitant peu de ces compétences non cognitives et atteindra en 2030 deux tiers de la masse salariale.

Les études menées auprès de DRH s’accordent désormais pour dire que les soft skills comptent désormais autant que les hard skills dans les processus de recrutement. La capacité à communiquer et la force de travail étant d’ailleurs les critères principaux retenus pour la sélection des candidats. Pour les postes managériaux, les compétences relationnelles de leadership et la capacité à déléguer sont évaluées en priorité.

Des études complexes ont d’ailleurs réussi à prouver l’impact positif des compétences relationnelles sur le niveau de rémunération, en particulier pour les plus hauts salaires.



L’avènement des mad skills

Aux États-Unis, en 2016, le site RH Monster répertoriait plus d’un million d’offres d’emploi comportant le terme mad skills. Les mad skills ou compétences singulières – hyper créativité, control freaks, ultra-impulsivité – seraient ainsi caractéristiques de personnalités recherchées en particulier par les start-ups. Ces profils atypiques, voire perturbateurs, seraient les moteurs de l’innovation à l’heure où la différence se fait plus sur les idées que sur les produits.

La difficile évaluation des soft skills

Si évaluer les hard skills est relativement aisé, car ces compétences sont bien souvent validées par des certificats académiques et la possibilité de faire des tests, évaluer les soft skills est plus ardu, en particulier lors d’entretiens. Il existe portant des stratégies afin de pouvoir déterminer si un candidat à un poste possède le niveau de soft skills demandé.

La mise en situation sur des projets complexes faisant appel aux compétences relationnelles est une solution, des tests proposés par les neurosciences peuvent eux aussi contribuer à cette évaluation. Enfin, contacter des personnes référentes permet aussi de valider les compétences non cognitives des candidats. On remarquera aussi la multiplication des serious games utilisés lors des processus de recrutement.
De la nécessité de développer les soft skills dans l’enseignement et la formation continue

Les compétences transversales sont en étroite relation avec la manière dont nous nous connectons aux autres et avec notre environnement. Développer les soft skills revient ainsi à libérer le potentiel de l’individu. Dans un monde changeant, il est devenu nécessaire d’apprendre à s’adapter, être créatif, gérer et traiter l’information, car 2,5 trillions d’octets de données sont créés chaque jour. Il est aussi important de développer l’esprit critique en accompagnant l’enfant, l’adolescent, puis l’adulte dans le processus de responsabilisation vis-à-vis de ses actes, pour qu’il comprenne que chaque action aura une influence sur le monde.

Le leadership doit être compris dans son intégrité, car il n’implique pas seulement des actions de commandement, mais aussi la capacité à inspirer et responsabiliser. On voit ainsi se multiplier les formations aux méthodes agiles et on observe que les dirigeants sont accompagnés dans leur progression par des coachs.

Enfin, à l’ère du numérique, la capacité à bien savoir communiquer réduit le stress, accroît la productivité, permet de partager les meilleures pratiques et d’être en mesure de collaborer dans des groupes qui peuvent être matérialisés physiquement et virtuellement. L’ouverture sur le monde doit aussi être favorisée. La confrontation à la diversité de cultures et d’origines sociales, à l’équilibre des genres, au brassage de milléniaux, de génération Y et de professionnels plus âgés permet une ouverture naturelle sur le monde.

La rencontre entre étudiants et professionnels favorise elle une diffusion progressive de l’esprit d’entreprise et d’entrepreneuriat pour les étudiants et permet une remise en cause pour l’entreprise.

Pour finir, ces compétences soft skills se développent aussi en dehors du système éducatif et professionnel par une vie sociale riche et équilibrée. Le sport, la méditation sont aussi souvent mis en avant par les grands champions et les chefs d’entreprise comme vecteurs positifs de leurs succès.