Sortie du livre de Ionis-STM « La double compétence : l'antidote à l'obsolescence professionnelle » : découvrez l’entretien de Fred Courant (L’Esprit Sorcier) - Ionis-STM          

L'école de la double compétence
Technologique et manageriale


Le mardi 20 novembre 2018 au Campus Numérique & Créatif Paris Centre du Groupe IONIS, Ionis-STM présentera en avant-première son premier ouvrage, « La double compétence : l’antidote à l’obsolescence professionnelle » (FYP Editions), comportant des contributions d’une quinzaine d’experts reconnus.

Après la préface signée par le prospectiviste Joël de Rosnay, Ionis-STM vous propose de découvrir un second extrait exclusif du livre, tiré cette-fois du chapitre « La transversalité est un vecteur d’innovation ». Il s’agit de l’entretien réalisé avec Fred Courant.

Co-créateur de l’émission de vulgarisation scientifique C’est pas sorcier, Fred Courant a créé en 2015 sa descendante numérique, L’Esprit sorcier. Journaliste, auteur de reportages scientifiques et entrepreneur, il se présente comme un « passeur de connaissances ». Il prône l’adaptabilité et l’ouverture d’esprit comme moteurs de réussite.


Crédit photo : L’Esprit Sorcier


Le média éducatif, une convergence des sciences, techniques et de l’esprit d’entreprendre

Créer et animer un média éducatif ne s’improvise pas. La transmission de connaissances fait appel à des compétences diverses et implique de garantir tant le fond, scientifique, que la forme, journalistique. Or les informations scientifiques, dans toute la diversité que ce terme comporte, ne peuvent souffrir aucune approximation ou inexactitude. C’est là que la transversalité et le travail en équipe trouvent tout leur sens, dans les échanges avec des experts, le partage d’expériences, la confrontation des savoirs, la remise en question permanente et la vulgarisation de données les plus techniques pour faire avancer la culture de tous.

Avec C’est pas sorcier, Fred Courant a durant 20 ans largement contribué à cette diffusion du savoir en France. Les médias traditionnels ont pleinement vécu l’évolution vers le digital et cette nouvelle culture numérique a imposé un changement de paradigme et la mutation des usages des consommateurs de médias. Le média éducatif ne fait pas exception. Alors, à l’arrêt de l’émission, il s’est lancé dans l’entrepreneuriat pour perpétuer sa mission avec L’Esprit Sorcier.


Comment en êtes-vous venu à créer un média éducatif ?

Fred Courant : J’ai fait des études de droit, mais je voulais être journaliste. J’ai commencé à travailler en 1985 à L’Événement du jeudi, l’ancêtre de Marianne, où j’ai traité de sujets sociaux, géopolitiques, et fait du grand reportage. Les sujets scientifiques sont venus plus tard, sans bouleverser pour autant ma façon de travailler puisque la démarche journalistique est toujours similaire, quel que soit le secteur. Chercher l’information, essayer de la comprendre puis la valider. J’aimais la philosophie de ce journal, qui appartenait à ses lecteurs. On y trouvait déjà l’idée du financement participatif utilisé aujourd’hui notamment par Mediapart, avec des lecteurs qui vous soutiennent sur le plan éditorial, car ils trouvent ce que vous faites utile. Je me suis ensuite tourné vers la santé par opportunité, en travaillant pour le groupe du Quotidien de Paris et notamment du Quotidien du médecin. Puis un jour, la chaîne Canal Santé a été lancée par l’un des fondateurs de Médecins sans frontières, un cinéaste, deux médecins et un producteur. On m’a proposé d’y travailler, c’est là que j’ai vécu ma première phase d’adaptation du métier de journaliste à celui de la télévision. J’ai appris à construire un sujet avec des images, des commentaires, des interviews. Un travail relativement différent d’un sujet écrit. J’y ai rencontré des personnes qui plus tard m’ont rappelé pour animer le magazine Fractale sur France Télévisions. Au bout de deux ans, j’ai proposé à Jamy (Gourmaud, co-créateur de C’est pas sorcier), que j’avais connu sur Canal Santé, de nous rejoindre. Quelque temps plus tard, Jean-Pierre Cottet, à l’époque directeur des programmes de France3, nous a proposé de faire une émission scientifique pour les jeunes, en nous donnant carte blanche pour créer le concept. C’est là que nous avons créé C’est pas sorcier et que nous sommes partis, sans le savoir, pour 20 ans d’émissions, durant lesquelles nous avons beaucoup appris. Dans mon parcours, la capacité d’adaptation a été primordiale. Sans cela, impossible d’avancer.

 

Comment parvenir à traiter les sujets scientifiques lorsque l’on n’est pas soi-même scientifique ?

J’étais rédacteur en chef donc je planifiais et coordonnais la rédaction. Nous traitions 30 à 40 sujets et émissions par an, ce qui est considérable ! Comme ni Jamy ni moi n’étions journalistes scientifiques, nous avions à cœur de bien comprendre nos sujets pour présenter l’émission, nous ne demandions à personne d’écrire nos fiches. Notre processus de fabrication était très précis, avec un premier débriefing au bout de 15 jours pour recentrer le sujet, définir l’angle et écrire le scénario, puis de nouveaux échanges avec les scientifiques pour confirmer les informations. Une émission représentait 3 ou 4 réunions d’échanges jusqu’à l’écriture d’un scénario final. Ensuite seulement, on pouvait passer au tournage. Il fallait aussi faire face aux surprises, aux événements imprévus comme un volcan qui entre en éruption à quelques jours du tournage. Dans ce type de cas, la capacité d’adaptation est primordiale, car vous devez modifier le scénario de l’émission. L’important est d’être toujours très réactif. Construire, fabriquer et apprendre, en permanence. Quand l’émission s’est arrêtée et que j’ai quitté France Télévisions, je n’ai pas pu refaire tout de suite de la TV parce que j’étais bloqué avec un contrat d’exclusivité. C’est là que j’ai décidé de me lancer sur le net en créant L’Esprit sorcier, avec plusieurs collaborateurs de C’est pas sorcier.



Comment vous êtes-vous lancé dans cet entrepreneuriat ?

Mon projet se constituait de deux éléments : créer un média, L’esprit sorcier, et une école de la deuxième chance pour des journalistes, producteurs autonomes de ressources sur Internet. L’idée étant qu’ils apprennent à nos côtés à écrire des dossiers scientifiques rigoureux, qui seront diffusés. Quand on rend les choses aussi concrètes, cela éveille forcément la responsabilité et la motivation.

Dans un premier temps, je voulais monter le site web et profiter de ce solide socle pour créer l’école. J’ai donc effectué des demandes de financement auprès de nombreuses collectivités territoriales dans la région parisienne. Nous avons ainsi reçu une subvention du Conseil régional d’Île-de-France, allouée au développement de notre site web, mais cette aide n’avait pas vocation à payer les journalistes et fabriquer les contenus.

Alors nous avons lancé notre campagne de crowdfunding en ligne. La mécanique du financement participatif est passionnante et très enrichissante ! En premier lieu, il faut bien identifier ce qu’on va vendre (dans notre cas, des contenus), et effectuer un calcul prévisionnel pertinent et réaliste. Il faut bien avoir en tête que si l’on n’atteint pas la barre fixée, l’ensemble du projet tombe à l’eau, car la confiance des investisseurs est perdue, l’enjeu est donc de taille. Nous avons placé la barre à 50 000 euros, ce qui équivaut à trois mois de production. Pour diffuser la campagne, nous nous sommes appuyés sur les réseaux sociaux. Le premier cercle constitué de l’entourage proche (amis, famille, proches, collaborateurs du métier et téléspectateurs qui avaient signé la pétition contre l’arrêt de C’est pas sorcier, notamment) a ensuite permis d’élargir la portée du message. Il y a une véritable stratégie à déployer, que nous avons apprise sur le terrain.

En parallèle, nous avons structuré notre dossier avec toute la transparence possible. J’ai toujours aimé la transparence, déjà parce que c’est notre boulot en tant que journaliste, et d’autant plus dans ce cas, où il est capital d’être honnête, clair et précis pour que les gens sachent pourquoi ils vous soutiennent. Le financement participatif est vraiment particulier, car on ne vous achète pas quelque chose, mais un projet. Nous avons lancé la campagne pour 45 jours un vendredi, avec trac. Nous avons fébrilement suivi les évolutions tout le week-end, et le mardi soir qui suivait, le plafond était atteint ! Nous l’avons donc augmenté à 100 000 euros pour les 40 jours restants, et récolté à terme 120 000 euros.

Pour obtenir de nouveaux financements, il fallait montrer nos réalisations. Alors j’ai donné un maximum de conférences sur les médias et la science au cours desquelles j’ai présenté mon site sur support vidéo. Des organismes de recherche m’ont suite à cela sollicité pour produire des ressources éducatives et de fil en aiguille nous nous sommes fait connaître. Ce que je retiens de cette expérience, c’est que si vous ne vous lancez pas, que vous vous dites que vous n’avez pas le financement suffisant pour tenir, alors vous ne faites rien et vous passez à côté de votre projet. Il faut oser, se lancer et montrer ce qu’on fait, ce qu’on vaut ! Et votre business model évolue au fur et à mesure.

Cette question du financement était pour nous centrale, car nous voulions que notre site soit gratuit, et sans publicité. Même si nous avons aujourd’hui un public hétéroclite notamment composé de scientifiques, à son époque C’est pas sorcier s’adressait beaucoup aux jeunes, et nous ne voulions pas qu’ils soient contraints de demander à leurs parents de payer pour pouvoir accéder à l’information. Nous refusons la publicité, mais développons en revanche les partenariats éthiques. Je veux bien travailler avec Total ou d’autres grandes compagnies sur des thèmes en marge de leur activité principale, mais je ne ferai jamais avec eux de sujet sur le thème de l’énergie. On se doit de conserver notre crédibilité vis-à-vis du public, qui est notre capital. C’est très important.

 

La clé est donc d’oser entreprendre et de communiquer sur ses avancées pour susciter de nouveaux financements ?

C’est cela, il faut bien étudier son concept au départ, le produit que l’on a à cœur de mettre au point. Nous avions quand même la chance de partir avec un grand capital confiance grâce à C’est pas sorcier. Les gens croyaient en la qualité du produit que l’on pouvait sortir. Petit à petit des organismes de recherche, des centres de culture scientifique et technique, des fondations d’entreprise, des fondations d’utilité publique voire des entreprises privées nous ont sollicités pour produire des ressources pédagogiques. Avec cette ouverture aux fondations, de nouvelles perspectives de sujets apparaissent, notamment dans le secteur de l’économie. On avance petit à petit. Parallèlement, nous avons signé un contrat avec une chaîne, Sciences & Vie Tv, qui diffuse des émissions fabriquées à partir de nos ressources.

Nos budgets proviennent donc de ces partenariats mais aussi des événements que nous organisons, qui s’apparentent à des émissions. Par exemple, chaque année lors de la Fête de la science nous faisons 3 jours de direct depuis la Cité des sciences et de l’industrie, aux côtés de 15 organismes de recherche. C’est un événement public très convivial, qui est diffusé en live sur les réseaux sociaux. Nous travaillons aussi avec l’Aquarium tropical de la Porte dorée à Paris pour la Fête de l’Océan ainsi qu’en Belgique, où je me rends régulièrement avec Sabine (Quindou, co-présentatrice de C’est pas sorcier de 1999 à 2012) pour monter des spectacles de sciences, des programmes éducatifs. Nous en conservons les droits d’exploitation, mais nos partenaires peuvent les utiliser librement à des fins de communication non commerciales, sur leur site, dans leurs congrès, dans leurs musées, dans des ateliers pour enfants, etc.

Le modèle continue donc de se créer et d’évoluer au quotidien. Il est conforme à l’idée que j’avais en tête, mais rien n’était gagné, il a fallu se battre.



Est-ce la convergence des compétences au sein de votre équipe qui favorise la créativité ?

Une partie de notre rédaction est constituée de jeunes en formation. Ils sont pleins d’idées et de compétences techniques sur les médias digitaux et sont une force de proposition très stimulante pour nos équipes. Comme ils n’ont pas encore pu acquérir certaines compétences, certains aspects reviennent aux professionnels plus expérimentés, comme notre directeur photo et cameraman déjà présent à mes côtés sur C’est pas sorcier. Chacun apporte ses compétences et notre rédaction travaille en équipe dans une grande confiance, collaboration et esprit de transmission. C’est comme cela que l’on fabrique de belles choses.

 

L’Esprit sorcier est exclusivement digitale, et pourtant YouTube n’est pas votre priorité ?

Je suis pleinement conscient du fait qu’être présent sur YouTube participe du partage du savoir. C’est également important pour notre image ainsi que pour nos partenaires, car les programmes sur lesquels nous collaborons sont diffusés sur cette plateforme. Curieusement, on existe depuis 3 ans, mais notre chaîne YouTube marche mieux que certaines chaînes de grandes institutions pourtant beaucoup plus anciennes, et qui s’appuient sur de gros budgets.

En revanche, les fonds que l’on en tirerait ne seraient pas suffisants pour permettre à L’Esprit sorcier de vivre, alors je n’y fixe pas ma priorité. Cependant, beaucoup de Youtubeurs populaires spécialisés dans les sciences se revendiquent comme les enfants de C’est pas sorcier, alors une fois de temps en temps je collabore avec eux et dans ces cas, l’audience de notre chaîne grimpe aussi. Je trouve d’ailleurs formidable de voir toutes ces chaînes Youtube scientifiques se créer. J’émets toutefois une réserve vis-à-vis de la production massive de vidéos, travers auquel d’aucuns auraient tendance à céder. Je sais à quel point même quand on est scientifique et spécialisé dans son domaine, on peut n’avoir qu’une vision partielle d’un sujet. Or pour produire du contenu, il est important d’avoir un œil extérieur, de pouvoir échanger avec une équipe de journalistes qui se relisent, remettent certains éléments en question et soumettent leurs productions à une validation. Il ne faut pas se laisser griser par le jeu et sortir trop de vidéos, car une erreur se glisse rapidement. Quand on est très en vue, on se doit de respecter une certaine responsabilité citoyenne, qui est fondamentale et incommensurable. On n’a pas le droit de diffuser une fausse information, une inexactitude et encore moins de manipuler. Si j’avais un conseil à leur donner, ce serait de prendre le temps de vérifier toutes les informations, quitte à produire moins.

 

On vous accole souvent l’étiquette de vulgarisateur scientifique. Comment vous définissez-vous ?

Le mot vulgarisateur ne me gêne pas, il a beaucoup été utilisé. J’aime bien le terme « passeur de connaissances », car il reflète bien notre métier. Nous sommes des intermédiaires, une charnière entre le monde de la connaissance et le monde de l’ignorance. Ce terme n’a rien de péjoratif, on est tous ignorants dans un domaine ou un autre ! C’est notre job que de digérer une information pas forcément facile d’accès et de la transmettre.

Nous sommes des experts dans notre travail de journaliste, notre méthodologie, notre façon de faire les choses, mais pas dans les sciences. Les experts en sciences sont ceux qui font de la recherche toute la journée sur des secteurs extrêmement précis. Beaucoup de journalistes veulent se faire passer pour des experts, c’est aussi curieux qu’impossible, car le terme de « sciences » englobe une multitude de domaines, qui incluent aussi les sciences sociales. Vous ne pouvez décemment pas être un expert en sciences. Nous sommes des passeurs pour chaque contenu. Notre travail est passionnant, car il est pluridisciplinaire, et plus encore lorsqu’on se lance dans l’entrepreneuriat. Parce qu’il faut s’intéresser aux sciences, à la mise en forme, savoir travailler avec des techniciens, connaître les dernières technologies. Il faut constamment croiser les compétences, être capable de transversalité et avoir des notions sur les compétences des collaborateurs, pour savoir comment les utiliser le mieux possible. Travailler en équipe, c’est aussi cela la véritable pluri compétence.

 

Faites-vous un parallèle avec le monde de l’entreprise où le manager a pour mission de capitaliser sur les compétences de ses collaborateurs ?

Faire appel aux compétences et les croiser, c’est justement mon travail, et c’est très intéressant à manager. Dans notre métier, nous devons aussi avoir des compétences économiques et financières, car nous ne devons jamais être déconnectés du prix de fabrication de ce que nous sommes en train de produire pour que le projet soit rentable. Il est indispensable d’avoir un état des lieux solide des compétences internes pour savoir où déployer du budget. La transparence est très importante dans cette démarche. Je travaille aujourd’hui avec des organismes de recherche qui pendant longtemps ont fait appel à des agences de communication, chez qui il n’y avait pas un seul intermédiaire en écriture scientifique, ils ne s’en sortaient jamais ! Je leur explique notre process de fabrication, et cela les rassure. Et finalement, c’est un travail qu’on finit par faire en commun. Gérer les compétences, c’est passionnant.



Quels conseils donnez-vous à la nouvelle génération ?

Certaines grandes écoles de journalisme sont encore dans un formatage incroyable d’écriture et d’idées reçues. Beaucoup travaillent principalement devant leurs écrans d’ordinateurs. Or, c’est sur le terrain que tout s’apprend, en allant à la rencontre de vos interlocuteurs et en maniant quotidiennement les dernières technologies disponibles comme les drones où les derniers modèles de caméras. Pour écrire une histoire, vous avez besoin de ces compétences et de connaître la démarche journalistique, de suivre des étapes, d’utiliser vos compétences en gestion de projet. À cela s’ajoutent des notions de la réalité financière indispensables pour pouvoir évaluer le coût de votre projet, et la connaissance des possibilités d’aides existantes. Je n’étais pas producteur de C’est pas sorcier, mais j’avais toujours en tête dans la sélection des sujets ce que notre budget annuel nous permettait de réaliser. Cela apportait de la variété éditoriale, car nous optimisions les tournages, à l’étranger par exemple, en profitant d’un déplacement pour traiter plusieurs sujets. Proposer une superbe idée de documentaire, mais sans prendre en compte l’aspect financier n’est pas viable. Nous ne sommes pas des amateurs, nous devons vivre de nos productions et donc avoir une approche extrêmement pragmatique des choses. Entre rêve et pragmatisme.

 

Quelle est la part d’importance des soft skills dans votre métier ?

C’est fondamental et je me suis toujours battu pour leur développement. Quand vous vous déplacez avec votre équipe TV dans un laboratoire ou ailleurs, vous n’arrivez pas en imposant vos désirs. Bien sûr que vous savez ce que vous voulez, mais vous commencez par expliquer ce que dans l’idéal vous attendez du tournage. Votre interlocuteur vous explique son métier et ses contraintes, et là vous travaillez en partenariat. Finalement, lorsque la demande est claire, il fera le maximum et ouvrira toutes les portes possibles. J’ai constaté cela partout, même dans des lieux dangereux, sur les porte-avions avec les chiens jaunes, gardiens du temple chargés de la surveillance du pont de décollage des avions par exemple. C’est un lieu extrêmement dangereux et très réglementé. Ils ont souvent été mis en situation délicate par des équipes TV agissant comme des chiens fous et ne respectant pas les règles. Mais si vous respectez leurs règles, je vous garantis qu’ils vous emmèneront partout sur le bateau et que vous ramenez des images inédites. Il faut avant tout respecter les gens dans leur travail.

Un autre élément qui compte beaucoup, c’est l’image de marque que l’on dégage à l’extérieur. Certains confrères nous ont saboté le terrain en exigeant au lieu d’échanger. Les gens en face se sont sentis maltraités et pas respectés. Alors, lorsque j’arrivais sur place, il fallait reconquérir la confiance. Je me bagarre contre ces agissements. Il faut toujours maîtriser votre image, d’autant que c’est la meilleure façon de récupérer le contenu qui vous intéresse, la raison de votre présence ! Quand on respecte cela, on arrive à tout avoir. À tel point que dans les derniers temps de C’est pas sorcier, j’avais à peine le pied posé qu’on me proposait de faire des choses incroyables que je n’avais même pas imaginées ! Maintenant c’est de plus en plus compliqué, souvent pour des problèmes d’assurance. Avant on pouvait faire plus de choses, toujours en sécurité bien entendu, maintenant il faut être plus prudent à l’image.

Dans notre métier les soft skills sont fondamentales, même s’il est important de conserver à l’esprit que tout cela est purement empirique. Il n’y a pas de règle, il faut s’adapter. Je suis convaincu que le déploiement de ces compétences relationnelles devrait s’apprendre à l’école, plutôt que d’être découvert sur le terrain.

 

Une clé de la réussite est-elle la formation en mode projet ?

J’ai donné pendant trois ans des cours à l’Université Paris 8. Je leur faisais deux heures de théorie puis ils passaient à la pratique, ils m’envoyaient leurs projets le soir et on débriefait le lendemain. Ce concret, cette confrontation à la réalité leur plaisait. Prendre le téléphone, faire la démarche journalistique, suivre tout le processus. Et c’est comme cela que j’aimais les former, par le projet. Dans un processus d’apprentissage, la théorie est importante, mais il faut vite la mettre à l’épreuve du réel.


 

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Sortie officielle de l’ouvrage le 2 janvier 2019 :
Les précommandes sont déjà possibles via le site de FYP Editions

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