Actualités de Ionis-STM Sortie du livre de Ionis-STM « La double compétence : l’antidote à l’obsolescence professionnelle » : découvrez la préface signée par Joël de Rosnay – Ionis-STM

L'école de la double compétence
Technologique et manageriale


Le mardi 20 novembre 2018 au Campus Numérique & Créatif Paris Centre du Groupe IONIS, Ionis-STM présentera en avant-première son premier ouvrage, « La double compétence : l’antidote à l’obsolescence professionnelle » (FYP Editions), comportant des contributions d’une quinzaine d’experts reconnus. Parmi ces derniers se trouve Joël de Rosnay. Ce prospectiviste et scientifique reconnu a accepté de signer la préface du livre. En exclusivité, Ionis-STM vous propose de la découvrir.

 

Joël de Rosnay s’emploie à étudier et anticiper les corrélations entre les innovations technologiques de notre société et la nature dont elles s’inspirent. Gravitant à la croisée des technologies et de l’humain, ses connaissances scientifiques transversales de très haut niveau font de lui un visionnaire incontournable. Il a notamment exercé au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en qualité de chercheur et d’enseignant avant de devenir attaché scientifique auprès de l’Ambassade de France aux États-Unis puis directeur des applications de la recherche à l’Institut Pasteur. Il est aujourd’hui conseiller du président d’Universcience et président exécutif de Biotics International, où il prodigue son expertise prospectiviste à des dirigeants de premier plan. Écrivain prolixe, il est l’auteur de nombreux ouvrages.


Crédit photo : Thomas Gogny

 

Surfer la vague du changement pour mieux l’accompagner     

Le changement technologique se réalise à une vitesse exponentielle. L’accompagner signifie « surfer » cette vague plutôt que de seulement l’observer, d’en comprendre les enjeux, d’expérimenter, de corriger ses erreurs et de travailler en réseaux. Des interfaces de plus en plus étroites se créent entre l’homme et les machines. L’économie va connaître un bouleversement considérable avec la désintermédiation de secteurs traditionnels à structure centralisée et pyramidale, tels que les transports, le tourisme, la banque, l’assurance, l’hôtellerie, et bientôt, l’énergie, la santé, l’alimentation, l’éducation. En tant que consommacteurs nous pouvons nous adapter et accompagner ces évolutions. Le monde de l’entreprise, et évidemment celui du management, est en train de changer considérablement en raison de la convergence des nouvelles technologies du numérique. Contrairement à ce que l’on croit généralement ces changements ne sont pas seulement dus à Internet, mais surtout à l’écosystème dans lequel nous vivons désormais et qui résulte de la convergence des différentes applications du digital : l’Internet des objets connectés, les bureaux intelligents, la voiture autonome, la ville intelligente, les nouvelles interfaces homme-machine. Ces bouleversements fondamentaux tiennent au fait que nous vivons désormais dans un écosystème numérique qui change radicalement nos relations avec les ordinateurs et les réseaux, mais aussi les relations humaines. C’est pourquoi j’estime qu’il est désormais nécessaire de mettre en œuvre une nouvelle approche que je résume par la phrase : « au-delà du numérique retour à l’humain ».

Ce qui change également ce sont les nouvelles interfaces entre l’homme et les machines. Dans une durée très courte, nous passons des claviers aux écrans tactiles et désormais à la communication vocale avec les ordinateurs. De nouvelles interfaces comme Alexa d’Amazon ou Google Home communiquent avec nous de manière naturelle et certaines sont même introduites dans les téléviseurs pour remplacer la télécommande.

Une autre raison fondamentale de ces changements n’est autre que l’ordinateur puissant que nous portons sur nous en permanence. Le Smartphone est en fait un PC 20 000 fois plus puissant que les Personal Computers des années 1970, tandis que nos ordinateurs sont 100 000 fois plus puissants que ceux qui ont envoyé un homme sur la Lune.

On voit également progresser l’intelligence artificielle que je préfère considérer sous le terme d’intelligence auxiliaire, car elle permet d’augmenter les compétences plutôt que d’entrer en compétition avec l’intelligence naturelle. C’est pourquoi face à cette convergence technologique il est nécessaire d’adopter une approche pluridisciplinaire dans l’enseignement et le management, d’utiliser une approche systémique qui tienne compte de la globalité et de la complexité des phénomènes en présence et surtout de l’interdépendance des différents acteurs technologiques et humains, enfin de pratiquer une forme de coéducation de manière à ce que ceux qui savent puissent apprendre aux moins compétents, en particulier entre les seniors et les juniors, ce que l’on pourrait appeler la coéducation transgénérationnelle.

Le management moderne dans le monde digital évolue aussi considérablement. Il ne s’agit plus seulement de programmation et de contrôle des tâches des salariés dans le cadre d’un CDI, ni de la soumission à structure hiérarchique, mais de partager le pouvoir transversal en tenant compte du lien humain et du lien social. D’où les cinq qualités majeures du management à l’ère digitale que je résume par ces cinq mots : charisme, vision, valeurs, écoute, et confiance. Le ou la manager moderne à l’ère du digital saura écouter et comprendre les aspirations des collaborateurs, tenir compte de leurs suggestions, de leurs innovations et de leur capacité d’évolution. En plus de ces qualités, tout manager doté de double compétence met en avant la transversalité dans les relations entre science technologie et société. Le décloisonnement sera la règle, le passage d’une structure pyramidale et une approche en silos, vers un pouvoir transversal en réseau où les rapports de force sont remplacés par des rapports de flux fondés sur les échanges et le partage. En outre, nous assistons à un changement de la nature du travail : nous passons d’un travail horodaté contrôlé à un travail continu augmenté. Ceci justement en raison de l’ordinateur puissant que nous portons sur dans notre poche et que nous pouvons l’utiliser comme télécommande universelle pour « cliquer » dans un environnement intelligent qui, lui aussi, contribue à augmenter nos compétences.

Le pari de cet excellent ouvrage est de montrer les capacités coopératives d’anticipation de ces changements grâce à des analyses, des visions, des témoignages d’experts et de professionnels qui démontrent l’importance de la prospective stratégique et de la synergie des savoirs. Le résultat est que l’adaptabilité au changement est possible et que l’intelligence artificielle ne sera pas en opposition avec l’intelligence naturelle, mais plutôt, comme précisé plus haut, une intelligence auxiliaire susceptible d’augmenter l’intelligence humaine et nos compétences.

 

Les domaines de la santé en général, mais aussi de la médecine, des laboratoires pharmaceutiques et des pharmacies, vont connaître dans les 10 prochaines années un bouleversement qui se fonde sur trois aspects : scientifique, technique et humain. Ils nous conduisent à ce que l’on appelle « MP4 Medicine » : la médecine personnalisée, la médecine préventive, la médecine participative et la médecine prédictive. Nous évoluons d’une médecine de type curatif thérapeutique à une médecine préventive. Les patients « augmentés » sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la prise en charge de leur santé, même si incontestablement une dérive possible vers l’automédication existe. La cybermédecine, s’appuyant sur un autodiagnostic, représente en cela une révolution dans la manière de se soigner.

Cela conduit à la nécessité de mettre en œuvre de nouveaux modèles de santé, développant de nouveaux systèmes de soins et s’affranchissant du système de santé traditionnel. Il en résulte un impact important et un tournant stratégique pour les laboratoires, que je préfère appeler les Big pharma. Je préconise le développement d’un « Programme de Maintenance de la Santé », un système d’automaintenance assisté par des professionnels. Si l’industrie pharmaceutique comprend ses enjeux, cela représentera pour elle une opportunité stratégique majeure, les laboratoires pouvant se transformer en opérateurs de santé générant des revenus par une combinaison de services et de produits curatifs, préventifs, prédictifs et participatifs. Moins de médicaments, plus de suivi personnalisé et participatif. Évidemment, l’impact de ce changement pour l’industrie pharmaceutique est considérable, le paradigme évolue en passant d’une entreprise qui réalise sa marge en pharmacie sur les produits remboursés par l’assurance maladie à un opérateur de santé développant un Programme multidimensionnel de Maintenant de la Santé à la fois curatif, préventif, prédictif et participatif. Avec les systèmes de trackers qu’on trouve aujourd’hui dans nos smartphones et objets connectés, le tsunami de données génétiques et d’informations émises constitue une mine d’or pour une assistance personnalisée développées par les Big pharma. Cela n’est évidemment pas sans poser des questions éthiques sur le respect de la vie privée qu’il faudra traiter. Cette transition du système de santé et ces nouvelles voies ouvrent des perspectives positives, qui devront être partagées à l’échelle du monde et pas seulement d’un pays.

 

Une autre application de cette nouvelle approche émerge dans le domaine de la transition énergétique. Grâce au numérique, dans la ville intelligente, au smartphone et à la nouvelle domotique liée et à ce que l’on appelle l’interopérabilité (GPS, smartphone, Internet, Bluetooth), il devient possible d’utiliser l’interconnexion des smart grids pour distribuer, échanger de l’électricité produite par les énergies renouvelables combinées entre elles, de manière à ce que des énergies alternatives comme le vent ou le soleil soient compensées par des ressources permanentes comme la biomasse, le biogaz, l’hydroélectricité ou la géothermie. Voilà encore une application des convergences technologiques. La transition énergétique est complexe, car certains pays sont engagés de manière différente sur le long terme. De plus, la contestation des populations va s’accroître en raison de la critique de la centralisation des moyens de production, du quasi-monopole de la distribution de l’énergie, et de la déresponsabilisation des citoyens devant la production et la distribution de l’énergie. Nous avons donc besoin d’un nouveau projet politique et industriel qui implique une approche systémique et combinatoire de l’énergie. On ne peut plus raisonner en termes de filière ou de centrale, mais en termes de matrice multimodale et de production décentralisée. Ce qui implique la convergence des économies d’énergie, de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, combinées dans un bouquet énergétique produisant de l’électricité distribuée par des réseaux électriques intelligents. Le réseau électrique intelligent joue un rôle fondamental dans cette stratégie d’avenir, car il est le catalyseur de la mixité énergétique. Les avantages d’une telle politique de l’énergie sont la souplesse, l’adaptabilité, la création d’emploi, une croissance verte à deux chiffres et surtout la responsabilisation des citoyens. Le problème est que certains pays ne pourront pas tout faire. En France, les investissements nécessaires dans l’énergie nucléaire, pour assurer à la fois la sécurité, le démantèlement des centrales, et le stockage des déchets radioactifs, vont coûter des centaines de milliards d’euros durant les années à venir. De même que les investissements dans les économies d’énergie, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et les réseaux électriques intelligents. Il sera difficile de concilier la suppression progressive des uns et la montée en régime des autres. C’est pourquoi des choix déterminants devront être faits au cours des dix prochaines années. La réussite de la transition énergétique passe par l’avènement d’une démocratie énergétique participative qui motive et responsabilise les citoyens. Une telle approche pourra être celle de la smart city du futur. C’est une approche multidimensionnelle mieux adaptée aux rapports de flux, énergétiques, financiers et des connaissances, qui s’ouvre à nous. On comprend ainsi pourquoi la transversalité est un facteur d’innovation.

Au cours des prochaines décennies, les villes vont devenir de véritables centrales de production énergétiques. À l’échelle de quartiers d’abord puis de métropoles entières ensuite. D’une part, grâce aux vastes surfaces de toits sur lesquelles il est possible d’installer des tuiles solaires et des panneaux photovoltaïques et aux nouveaux matériaux qui permettent aux bâtiments d’être moins énergivores, les gens vont pouvoir produire de l’électricité et la partager entre eux dans une sorte de réseau en peer to peer, un internet de l’énergie qu’on pourrait appeler « Enernet ».

Les enjeux des entreprises de demain se situeront dans des bâtiments intelligents, des villes intelligentes qui deviendront des nouveaux terrains d’expérimentation pour la mise en œuvre des stratégies d’adaptation au changement, comme ce livre le décrit avec compétences et intelligences.

Un ouvrage indispensable pour planifier le futur et donner de la valeur au lien humain et au lien social dans le monde du numérique. Une évolution qui prendra corps grâce au décloisonnement des silos, à l’interdisciplinarité et à la transversalité.



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Sortie officielle de l’ouvrage le 2 janvier 2019 :
Les précommandes sont déjà possibles via le site de FYP Editions