Bertrand Bailly : « Le rôle du patron n’est plus un rôle de gouvernance »          

L'école de la double compétence
Technologique et manageriale

Bertrand Bailly : « Le rôle du patron n’est plus un rôle de gouvernance »


Pour initier une année d’événements et de conférences sur la thématique #TechForEarth, Ionis-STM organisait le premier de ses Rendez-vous de la double compétence en compagnie de Bertrand Bailly, cofondateur et président de Davidson Consulting. L’occasion pour les participants d’en savoir plus sur le label B Corp obtenu par cette société atypique pour qui l’éthique, le bien-être et l’engagement ne sont pas des valeurs vaines.


Rendez-vous de la double compétence x TechForEarth avec Bertrand Bailly de Davidson Consulting
Bertrand Bailly

Les origines d’une alternative juridique

Le concept de B Corp (pour benefit corporation) est né aux États-Unis, suite à un conflit opposant la société de crèmes glacées et sorbets Ben & Jerry’s à ses actionnaires. Connus pour leur activisme (créée en 1985, la fondation Ben & Jerry’s reverse notamment chaque année environ 1,8 million de dollars à différents organismes), ses fondateurs Ben Cohen et Jerry Greenfield ont ainsi dû accepter malgré eux une offre de rachat de 326 millions de dollars de la part d’Unilever en 2000 suite à une décision de la Cour Suprême des États-Unis, cette dernière estimant que le modèle de leur entreprise ne pouvait pas générer autant d’argent que le montant proposé par la multinationale. L’institution se basait alors sur la loi de l’époque qui établissait que le rôle premier d’une entreprise américaine était de maximiser ses profits pour les actionnaires.

Suite à cette controverse, un second statut juridique pour les entreprises a commencé à voir le jour dans certains États américains au début des années 2010 : le statut de benefit corporation. « Il s’agit d’un autre type de société n’ayant pas pour unique objectif de nourrir le capital, poursuit Bertrand Bailly. Aujourd’hui, il y a près de 3 000 sociétés B Corp aux États-Unis : ce sont des entités à but lucratif qui veulent tenir compte de la société et de l’environnement, en plus du profit, dans leur structure de gouvernance et de gestion. Et en France, c’est un label, pas un statut juridique. »


Rendez-vous de la double compétence x TechForEarth avec Bertrand Bailly de Davidson Consulting
Bertrand Bailly et Cécile Frankart, la directrice générale de Ionis-STM

Le « bien vivre » après le bien-être

Si Davidson Consulting a choisi de devenir une B Corp, ce n’est pas un hasard. En effet, depuis sa création en 2005, ce cabinet de conseil (qui représente aujourd’hui 3 000 consultants, 320 managers et associés, et 25 entités dans 8 pays) aime à casser les codes. Couronnée par une première place en France et en Europe au classement Great Place To Work durant quatre années successives, de 2014 à 2017, cette volonté tient beaucoup à la personnalité de Bertrand Bailly et de ses associés. « Chez nous, on a cassé les codes traditionnels du travail et cela a plutôt bien marché. Pour moi, le rôle du patron, ce n’est plus un rôle de gouvernance consistant à donner des ordres aux autres dans une posture principalement hiérarchique. C’est le fait d’être inspirant et de créer des conditions pour que tout le monde donne le meilleur, ses collaborateurs, ses partenaires et donc toutes les parties prenantes. Davidson Consulting, c’est une adhocratie horizontale et notre livre de chevet, c’est justement « L’entreprise horizontale » de Frank Ostroff. »

Le déclic B Corp a été l’amorce d’une profonde remise en question pour le dirigeant, le processus de certification étant très exigeant : la démarche commence ainsi par l’évaluation de la performance de l’entreprise via un questionnaire en ligne et gratuit de 200 questions où l’entité se doit de récolter un minimum de 80 points pour espérer aller plus loin.



Une transformation immédiate

Bien décidé à ne pas se laisser abattre et conforté par l’appui de ses associés, Bertrand Bailly lance alors la machine pour obtenir la certification B Corp dès la première année. Une tâche plus que compliquée quand on sait que les critères sont nombreux et précis… et que certaines entreprises échouent après plusieurs tentatives ou renoncent même à tenter leur chance. « Il a fallu qu’on change en très peu de temps beaucoup de choses. Et avant même d’obtenir le label, cela a transformé la société. » Aujourd’hui unique société de conseil en technologie et en management à faire partie des 60 B Corp françaises et deuxième plus grosse entité derrière Nature & Découvertes, Davidson Consulting est maintenant capable d’assurer « la traçabilité de son énergie verte, du début à la fin », de proposer un différentiel réduit dans sa grille salariale, d’ouvrir son comité de direction aux salariés et de consacrer 1 pour mille de son chiffre d’affaires à des dons à des associations humanitaires ou écologiques (Davidson est l’un des partenaires de l’ONG Planète Urgence et elle s’engage à soutenir les congés solidaires de l’ensemble de ses collaborateurs). La société a finalement fait évoluer ses processus à tous les niveaux. « Quand on construit aujourd’hui un Data Center pour un client, on n’oublie jamais de lui proposer des solutions de réductions d’énergie. »

Cependant, selon Bertrand Bailly, le plus dur reste encore à venir : Davidson Consulting a pour objectif de garder cette certification les années suivantes malgré des critères amenés à se durcir dans le futur. Pas une mince affaire, mais un vrai leitmotiv pour cette entreprise qui cherche également à faire bouger les lignes en dehors de ses murs.


Rendez-vous de la double compétence x TechForEarth avec Bertrand Bailly de Davidson Consulting

 


Ce qu’ils ont pensé de la conférence :

Dolorès, étudiante en M2 de la filière Informatique & Management : « Elle était top ! J’ai beaucoup appris et cela me permet d’avoir une bonne vision sur mes futures envies à mon retour en entreprise. L’ouverture d’esprit de Davidson Consulting et de son dirigeant m’intéresse énormément. J’espère que ma prochaine entreprise ira plus dans le sens de Davidson Consulting. »

Guillaume, étudiant en M1 de la filière Biotechnologies & Management : « J’ai trouvé cela hyper intéressant et surtout très inspirant, d’autant plus que je ne connaissais pas la certification B Corp avant cette conférence. Cela m’a permis de la découvrir et de voir comment certaines entreprises la mettaient en place. Je pense que Bertrand Bailly devrait être un exemple pour beaucoup de personnes et notamment les créateurs d’entreprise : il mériterait d’être encore plus connu et de toucher encore davantage de personnes. »


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