« L’humain, ce n’est pas un process ! » - Ionis-STM          

L'école de la double compétence
Technologique et manageriale

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »


Si les profils qui décident de rejoindre Ionis-STM sont tous différents, celui de Baptiste Bellecour (promo 2015) n’en reste pas moins atypique. En effet, cet Ancien de la filière Ingénierie Informatique a multiplié les expériences avant de rejoindre l’école puis de partir vivre à Tokyo pour devenir l’un des grands spécialistes de la cybersécurité dans l’archipel nipponne. De ses premiers piratages à son quotidien professionnel, en passant par son apprentissage de l’anglais et du japonais, son désir de transmettre ou encore sa vision du monde du travail, Baptiste Bellecour n’élude aucun sujet dans cet entretien. L’occasion de découvrir le franc-parler d’un expert sincère et passionné.

 

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

Baptiste Bellecour

 

Tu te présentes comme un passionné d’informatique. D’où te vient cette passion ? Quand a-t-elle démarré ?

Baptiste Bellecour : Cela a commencé à l’âge de 6 ans, sur un Amstrad avec le jeu vidéo « Rick Dangerous ». J’aimais bien le jeu vidéo, mais il n’y en avait pas beaucoup à l’époque. J’en ensuite eu un Atari et, à 9 ans, un jeu m’attirait tout particulièrement : le premier « Monkey island ». Sauf lorsque tu as 9 ans, tu n’as pas un rond pour acheter un jeu vidéo. C’est comme ça que j’ai piraté mon premier jeu, sans savoir alors que je faisais du piratage. J’ai commencé à lire les premières lignes de code, à comprendre quelle ligne concernait la protection du jeu et à voir ce qu’il se passait si je la supprimais… Cela m’a pris plusieurs semaines et, boum, le jeu est devenu gratuit ! C’est donc vraiment là que ça a commencé, à une époque où l’informatique se faisait sans souris, avec juste un clavier et des lignes de code. Après, j’ai évolué. J’ai beaucoup joué, fait de la programmation aussi, juste pour apprendre, puis à l’âge de 12 ans, j’ai réalisé mon premier vrai piratage, en piratant deux bibliothèques : j’ai tout récupéré – les noms, les adresses mails, les fiches de paie… J’avais donc déjà des petites connaissances au niveau de la sécurité à cet âge-là ! Puis ensuite, de fil en aiguille, en prenant de l’âge et en grandissant, en devenant aussi un petit peu moins bête, tout s’est amplifié et cela me permet d’être ce que je suis aujourd’hui : un expert en sécurité informatique.


Tu as donc commencé très tôt. Est-ce que ta famille baignait elle-aussi dans l’informatique ?

Pas du tout. Ma chère mère était propriétaire d’un salon de coiffure et mon père tenait une boutique de jeans. Donc vraiment aucun lien avec l’informatique ! Surtout, quand je suis né, l’informatique était encore quelque chose de très nouveau. Finalement, cela s’est vraiment développé avec ma génération. D’ailleurs, j’ai aussi connu un monde sans Internet… et c’est une chose dont je suis assez fier ! (rires)

 

En parlant de génération, quand es-tu né ?

Je suis né en 1983. Je suis donc de la génération « Club Dorothée »… et c’est sans doute la raison pour laquelle je vis aujourd’hui au Japon !

 

Quelles études as-tu entreprises avant Ionis-STM ?

Durant toute ma scolarité jusqu’au Bac, j’avais surtout tendance à traîner au fond de la classe. J’écoutais juste en cours, mais ne faisais jamais mes devoirs. Tant que j’avais la moyenne, ça m’allait – obtenir un 10 ou un 12 était amplement suffisant pour moi. De toute façon, quand tu es dans la masse, ça passe toujours : tu es tranquille et tu peux garder tes fins de journées pour jouer aux jeux vidéo, voir tes potes, commencer à draguer… Bref, tout cela m’a permis d’arriver jusqu’à la fin du lycée et de passer un Bac STI électronique. À la suite de ça, j’ai voulu faire une fac d’anglais pour apprendre la langue, mais n’y suis resté que six mois. Là-bas, je n’ai strictement rien appris à part l’histoire américaine, l’histoire anglaise… Je me suis donc dit que si je voulais vraiment devenir bilingue, il fallait que je prenne mes cliques et mes claques, que j’arrête mes études, que je prenne mes économies et que je parte vivre à Londres. C’est ce que j’ai fait. Et j’ai passé une super année en Angleterre.

À mon retour à Paris, j’ai 20 ans, le Bac, mais plus une thune. Il faut donc travailler. Je rentre alors dans une petite entreprise, Erenis, pour mon premier CDI en tant que hotliner (téléconseiller) – sans diplôme en France, tu ne pouvais pas prétendre à grand-chose à cette époque et c’est encore le cas aujourd’hui. Bref, mon entrée dans le monde professionnel s’est faite comme ça, avec un SMIC de 980 euros, même pas quatre chiffres… J’y ai passé deux ans, puis l’entreprise s’est faite racheter par Neuf Cegetel, puis par SFR. C’est chez SFR que j’ai pris la décision de prendre une année sabbatique : « Vous ne me payez pas une année et je pars un an au Japon ». Le Japon, je baignais dedans depuis l’adolescence. L’image que je me faisais du pays était celle que je m’étais construite à partir des animés et des médias, mais je me disais qu’elle devait être un peu faussée. Je voulais donc aller sur place pour en avoir le cœur net et voir si, oui ou non, ce pays était fait pour moi. Je pars donc un an. Une fois là-bas, je trouve un job directement. Bon, il faut dire que je parlais déjà un peu japonais à cette époque. J’avais appris en autodidacte et j’avais vécu avec une Japonaise pendant trois ans – et forcément, quand tu te fais engueuler en japonais, au bout d’un moment, ça finit par rentrer ! (rires) Bref, au Japon, tout se passait bien pour moi. L’entreprise voulait même me garder et faire le visa afin que je puisse rester. J’avais le sponso de la boîte, tout pour rester… sauf qu’à l’immigration, ça ne s’est pas passé comme prévu. Quand le type du service m’a demandé ce que j’avais comme diplôme et que je lui ai répondu « J’ai le Bac », il m’a rétorqué « Ah ouais, donc en fait, tu n’as pas de diplôme ? Et bien tu vas rentrer chez toi, mon gars ! » N’ayant pas pu obtenir de visa, je suis donc reparti en France, mais je n’avais pas abdiqué pour autant. Vous voulez un diplôme ? Je vais vous le donner ! Pas de problème !

 

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

 

C’est à ce moment que tu obtiens un BTS en Systèmes électroniques ?

Oui ! J’ai fait une VAE (pour validation des acquis de l’expérience) pour obtenir un BTS, ce qui n’était qu’une porte d’entrée pour ensuite intégrer une grande école. Je suis donc allé en voir plusieurs. À chaque fois, mon profil les intéressait. Certes, je n’étais qu’un type de 26-27 ans avec seulement un Bac+2 et plutôt assez vieux pour intégrer une école d’ingénieurs, mais j’avais d’autres atouts pour moi : j’étais motivé, parlais trois langues, avais déjà pas mal d’expérience et, aussi, étais plutôt bon dans mon domaine. Non seulement je pouvais obtenir mon diplôme, mais je pouvais aussi booster une promotion, devenir un pilier pour elle et aider les autres. Et au final, j’ai choisi Ionis-STM pour deux raisons. La première, c’était le partenariat historique avec l’EPITA. En matière de cours techniques, il n’y a pas photo pour moi : l’EPITA, c’est au niveau des Mines et compagnie. C’est le haut niveau. Et moi, ce que je voulais, c’était de la technique. La seconde raison, c’était la présence de Marc Espie (spécialiste mondial du système d’exploitation libre… alors responsable de la filière Management & Ingénierie Informatique à Ionis-STM et aujourd’hui intervenant). Un grand monsieur.

 

Qu’as-tu retenu de ton passage au sein de l’école ?

J’ai fait deux ans à Ionis-STM : six mois de cours avancés pour rattraper le M1 et un an et demi de M2. Ce que j’en ai pensé ? Un encadrement magnifique. Des intervenants d’une qualité incroyable. Que des cadors, mais pas à l’échelle parisienne, tous étaient des monstres au niveau national. Tu ne peux que respecter ces personnes et apprendre d’elles. Leur niveau m’a vraiment marqué. Côté management, j’ai aussi appris beaucoup de choses, notamment en marketing, en vente… Des domaines qui ne sont pas forcément liés à mon expertise. Mais comme je souhaite un jour créer mon entreprise au Japon, je sais qu’elles me seront très utiles à l’avenir. Enfin, je retiens aussi ma promotion, mes potes ! Ah, on s’est bien amusés ! (rires) Une super promo.

 

Au niveau du stage en entreprise, as-tu visé la France ou voulu repartir à l’international ?

J’ai opté pour la France… pour le plus grand bonheur des employeurs ! (rires) En effet, contrairement à la majorité des stagiaires qui arrivent en stage sans véritablement d’expérience, moi, je débarquais avec six années de CDI derrière moi. Forcément, la personne qui voyait arriver mon CV savait que ça allait être tout bénéf’ pour l’entreprise, qu’elle allait avoir un type avec une productivité de dingue qu’elle pourrait payer pour trois cailloux durant six mois ! Trouver une boîte a donc été très facile. J’avais envoyé une dizaine de mails, comme ça, pour prendre la température, et sur les dix, huit entreprises m’avaient retenu. J’avais donc le choix. Finalement, j’ai choisi une start-up car je n’avais jamais travaillé dans un tel environnement et cela m’intéressait de le vivre de l’intérieur. C’était vraiment une petite start-up, avec pas de budget, qui s’appelait Tigerlily et qui n’existe plus aujourd’hui. Elle créait des applications et avait besoin de quelqu’un pour refaire son infrastructure car elle n’avait jamais eu personne pour réaliser un audit de sécurité. Je m’en suis alors chargé : pendant six mois, j’ai remis leur réseau nickel, mis des règles… Bref un gros audit. Cela s’est très bien passé et ils voulaient me garder ensuite en CDI, mais j’ai refusé : « Moi, les gars, je ne suis plus là dans un an ! » (rires)

 

Ton parcours t’a amené à goûter à différentes strates de l’informatique. Pour autant, aujourd’hui, tu es dans la cybersécurité. Qu’est-ce qui te plaît dans ce domaine et pourquoi l’as-tu privilégié ?

Déjà, c’est une passion. Imagine que tu te lèves le matin et que tu pratiques ta passion chaque jour. C’est ce que je vis et je kiffe. Ensuite, il faut aussi avouer que la cybersécurité te donne un sentiment de puissance magnifique… Tu peux rentrer n’importe où avec ton clavier ! N’importe quel système, pour peu qu’il y ait de l’électricité, peut potentiellement devenir le tien. Enfin, c’est aussi un domaine d’avenir. Il faut bien avoir à l’esprit que l’on en est encore qu’au tout début et que cela évolue à une vitesse incroyable. Pour donner un exemple, quand j’ai commencé dans la cybersécurité, je faisais une demi-heure de veille technologique par jour. Maintenant, je suis obligé de faire une heure, voire deux heures, tous les jours, pour voir ce qu’il passe. Je suis obligé d’être au top, de tout savoir sur tout, avant tout le monde, sinon je ne peux pas assurer ma fonction.

 

Cette nouveauté permanente, c’est aussi ce qui te stimule ?

La personne qui sort d’école et se dit « c’est bon, je n’ai plus rien à apprendre », elle n’est pas faite pour la cybersécurité. Si elle fait Ionis-STM par exemple, elle doit avoir conscience que cela ne peut être qu’un prélude à ce qui l’attendra dans la vraie vie, dans le monde de la sécurité informatique. Ionis-STM t’apprendra des choses, avec des intervenants qui vont t’expliquer comment ça marche. Mais quand tu travailles, quand tu es payé pour faire ça, tu n’as plus de professeurs pour t’expliquer. Il faut que tu sois apte, toi-même, à trouver, chercher des informations. C’est un peu du travail de recherche en fait, comme celui d’un chercheur en laboratoire, sauf que lui fait ça tout le temps. Moi, cette partie-là me prend bien entre 10 à 15 heures par semaine. Et c’est obligatoire : c’est une partie intrinsèque de ce métier. Tu ne peux pas faire de la sécurité sans cela. Moi, je suis plutôt quelqu’un de scientifique – mon dieu, c’est les mathématiques – et si tu me donnes une équation, je suis content. Donc la recherche, comprendre des trucs, ça me plaît. C’est même indissociable si tu veux pouvoir faire quelque chose de ta vie et de pouvoir transmettre par la suite. D’ailleurs, c’est pour cela qu’à l’avenir, je souhaite monter une école de cybersécurité au Japon. Maintenant que j’ai 37 ans et une certaine expérience de la vie professionnelle, je sais que le pouvoir, c’est le savoir. Le savoir, c’est une arme et la cybersécurité, c’est le pouvoir de l’information. Tu gères l’information : tu sais où elle va, comment elle y va et pourquoi elle y va. Et ça, je veux le transmettre. Un mec qui n’est pas issu d’une grande famille, qui sort de nulle part, s’il sait ça, il peut rivaliser avec les plus grands de ce monde. Voilà pourquoi, quand j’aurai plus de cheveux blancs, je créerai cette école de cybersécurité qui va apprendre à des jeunes comment devenir quelqu’un d’important. Bon, cela va paraître prétentieux, mais aujourd’hui au Japon, je pense être quelqu’un.

 

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

 

En parlant de recherche, la pédagogie de Ionis-STM fonctionne justement beaucoup sur des projets à mener, en plaçant les étudiants dans le grand bain et en faisant se côtoyer des profils très différents sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas forcément. Est-ce que cette approche, tu l’utilises encore aujourd’hui ?

Clairement, oui. Ionis-STM m’a appris beaucoup de choses, mais elle m’a essentiellement appris à gérer l’humain. L’humain, ce n’est pas un process ! L’école m’a justement appris à m’adapter en fonction de chacun. En dehors de l’aspect technique, un bon manager doit être quelqu’un qui s’adapte aux personnes avec qui il travaille. Ce n’est pas quelqu’un qui donne des ordres, mais c’est quelqu’un qui pousse, qui lead. Cela me fait penser à cette image très connue, qui explique la différence entre un leader et un dictateur. D’un côté, on voit le dictateur posé sur sa chaise, pendant que les mecs tirent le chariot ; de l’autre, on voit que le leader est devant, en train de tirer les cordes avec les mecs derrière. Et c’est ce que Ionis-STM m’a appris. Ce n’est pas aux autres de s’adapter à moi, mais à moi de m’adapter aux autres et de créer une relation de confiance. Une fois que les personnes impliquées dans le projet ont cette confiance les uns envers les autres, tu n’as plus besoin de dire de faire ci, de faire ça… Cela devient naturel parce qu’aucun ne souhaite alors mettre le projet en péril. On veut tous faire en sorte que le projet arrive à terme. Quand cette cohésion est mise en place, tout se passe comme sur des roulettes… Bon, c’est une façon de parler car un projet ne se passe jamais comme sur des roulettes. Tu apprends cela dans le monde professionnel. D’où l’importance d’avoir un chef de projet. Aucun projet que j’ai fait ne s’est passé totalement comme prévu. Mais Ionis-STM t’apprend justement à faire face aux imprévus. Un membre de l’équipe est tombé malade, un autre ne répond pas, un troisième ne remplit pas sa part du travail ? Et bien Ionis-STM t’apprend déjà à gérer ça, parce que si celui qui ne fait rien continue à ne rien faire, tu vas avoir une mauvaise note pour ton projet et tu ne vas pas être content. Et cela t’apprend donc à manager.

 

Tu as parlé de ton projet futur, celui de l’école, mais revenons à ce que tu fais aujourd’hui. Comment résumer ton travail ?

Pour faire simple, et éviter d’énumérer les titres honorifiques, on va dire que je suis consultant spécialiste en cybersécurité. Ce que je fais au quotidien ? Je trouve des failles de sécurité pour le gouvernement japonais et les très grosses entreprises japonaises, avant que des hackers et des personnes malveillantes ne le fassent. Je trouve ces failles, je les reporte et on les fixe avant que d’autres ne les trouvent. Et il m’arrive de trouver des trucs assez costauds.

 

C’est ce qu’on appelle du Bug Bounty, non ?

Oui, sauf que le client est un très, très gros poisson et que la sécurité nationale en dépend. Ma mission, au fond, c’est de protéger le Japon.

 

Possèdes-tu la nationalité japonaise ?

Ah non, hors de question : je suis français et fier de l’être ! (rires)

 

Cela fait pourtant un moment que tu y vis, non ?

Cela fait 5 ans maintenant. Je vis à Tokyo, dans le centre-ville. Un peu comme Châtelet pour Paris.

 

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

 

Quelles sont les différences entre la vie en France et celle au Japon ?

Vaste question ! Déjà, il y a l’aspect pécunier. À la sortie de Ionis-STM, le salaire annuel doit être compris entre 35 et 40k euros, non ? À l’heure actuelle, je suis à 120k par an. Et quand je suis rentré dans la cybersécurité, je devais être à 70/80k. Alors oui, je gagne le double ou le triple, mais quid du coût de la vie ? Et bien, la vie à Tokyo est deux fois moins chère qu’à Paris. Par exemple, pour un appartement de 35m², en plein centre de Tokyo, le loyer est de 700 euros, ce qui est impossible à Paris où l’on s’approche facilement du double.

Ensuite, il y a la vie en tant que telle, même si une nuance est à apporter : être Japonais et vivre au Japon, c’est très difficile. Je parle là de la pression sociale, de la pression des collègues de travail. C’est très difficile à vivre. Un Japonais doit toujours savoir où il se situe par rapport à son interlocuteur – si la personne en face est plus haute que lui dans la hiérarchie, il doit faire attention à son langage et à énormément de détails… La pression est permanente. Par contre, quand tu es un étranger au Japon, un « gaijin » comme on dit, tu n’as pas tout ça. Tu n’as que des avantages. Evidemment, tu trouveras toujours des étrangers qui te diront « moi, je veux m’intégrer », mais ce n’est pas vrai : de toute manière, on ne te traitera jamais comme un Japonais parce que tu n’es pas un Japonais. Moi-même, je sais très bien que je ne serais jamais, ô grand jamais, intégré à 100 %, quoi qu’il arrive. J’ai beau parler parfaitement la langue, avec ma grosse barbe, ce n’est pas possible ! (rires) Et moi, au final, je le vis très bien. Cela ne me dérange pas. Je suis français et intégré à 70-80% et c’est très bien ainsi.

Enfin, en dehors de cet aspect, le Japon est aussi un pays magnifique où il fait bon vivre. Il n’y a qu’à voir la sécurité : il n’y a pas d’agression ! Moi-même, je ne ferme jamais mon appartement à clé. Les gens dorment quand ils prennent le métro, avec leur téléphone dans les mains. N’importe quel mauvais type en France verrait cela, il ressortirait du wagon avec douze smartphones dans ses poches ! (rires) Mais là-bas, non : la sécurité et la confiance règnent. Il y a aussi la nourriture. Même si, en France, nous avons un assez haut standard en matière de cuisine, je peux vous garantir que les Japonais savent aussi y faire. Moi, je me régale tous les jours. Et les gens aussi sont adorables.

Bref, de mon point de vue, je n’aurais jamais cette qualité de vie en France, même avec un Bac+5 ou plus, pour une raison principale : les métiers techniques ne sont souvent pas assez valorisés en France, du mois à la hauteur de ce qu’ils peuvent apporter aux entreprises. Quand tu es un technicien, tu seras toujours un engrenage en comparaison avec les métiers du management et les postes à responsabilité. Tu as beau être très bon, être un expert, tu ne pourras pas prétendre à « faire du chiffre », sauf si tu te mets à ton compte en tant que consultant, pour gagner 500 à 1000 euros par jour. C’est la culture française : un métier technique est forcément dévalué. Quand tu prends les États-Unis ou le Japon, tu vois qu’il n’y a pas la même philosophie : eux, ils partent du principe – que je trouve juste – qu’une expertise technique est rare et que tout ce qui est rare a de la valeur. La rareté, ça se paye. En tant qu’ingénieur, peu importe ce que tu fais – du software, de la sécu, du réseau… –, tu seras toujours mieux payé au Japon qu’en France. Parce que ta spécialité est rare. Bon, après, ce n’est pas pour ça que j’ai quitté la France – d’ailleurs, à salaire égal, je serais tout de même également venu ici. Mais que l’on soit clair : j’adore la France ! C’est la France qui a fait ce que je suis. J’ai pu apprendre le japonais avec une facilité certaine parce que je suis français, que l’on a une grammaire et un langage extrêmement complexes, avec l’un des vocabulaires les plus riches de la planète. Bref, malgré tout, j’ai toujours l’espoir que la valorisation des métiers techniques change un jour en France. C’est aux futurs professionnels de changer ça. Et si j’ai un message à adresser aux futurs managers qui sortent de Ionis-STM, ce serait ça : payez bien vos « techos » parce qu’ils le méritent et qu’ils vont se barrer sinon !

 

Justement, quel conseil aurais-tu aimé que l’on te donne durant tes études ?

Les études, c’est pour toute la vie, pas pour cinq ans ! Toute la vie, vous allez étudier. Il faut étudier. Le but du jeu, c’est d’être chaque jour plus cultivé. Et chaque jour, les gars et les filles, remettez-vous en question. On sait très bien qu’autour de vous, certaines personnes vous embêteront et vous mettront des bâtons dans les roues, mais l’important dans l’histoire, c’est vous. C’est ce que vous pouvez faire pour améliorer votre quotidien et celui de vos collègues, ce que vous pouvez faire pour permettre au projet que vous menez d’être mené à bien. Il faut que tous les jours vous soyez une meilleure personne que vous étiez la veille. Et ça, c’est un conseil de vie, ça ne se résume pas qu’à l’école. Mais si vous pensez que les études s’arrêtent dès l’obtention de votre diplôme, vous vous trompez. Vous allez apprendre tous les jours et il le faut, sinon vous allez faire le même job au même poste pendant 40 ans, avec 1% d’augmentation chaque année. Bien sûr, certains peuvent s’en contenter – chacun vit sa vie comme il l’entend –, mais n’oubliez pas que vous avez ce pouvoir entre vos mains. Les intervenants de Ionis-STM vont justement vous le montrer, en vous mettant le pied à l’étrier. Pendant vos études, vous allez être confrontés à des tâches que vous vivrez ensuite dans le milieu professionnel. Sauf que l’impact à la fin, ce sera une bonne ou une mauvaise note alors que, dans la vie, il sera complétement différent. Et si vous avez un A ou un B pour un projet à l’école, il y a de grandes chances qu’ensuite, en tant que professionnel, vous obteniez des félicitations par mail. Et qui dit félicitations, dit un petit « deux chiffres » sur l’augmentation. Et Ionis-STM va vous apprendre comment faire ça, d’une manière très naturelle et très proche de la réalité. D’ailleurs, il ne faut surtout pas que vous manquiez les cours ! Même si vous connaissez tout, manquer un cours va vous mettre en péril derrière. Allez-y et écoutez la personne en face de vous car tous les intervenants de Ionis-STM sont vraiment godlikes ! Je m’en souviens d’un, par exemple, qui était devenu millionnaire à seulement 26 ans. Toi, à 26 piges, qu’est-ce que tu faisais ? Tu jouais au jeu vidéo ? Lui, il avait déjà tout compris et touchait son premier million. Alors oui, on peut dire que l’aspect pécunier, l’argent, ça ne fait pas tout, mais quand même. On parle de carrière professionnelle, non ? Moi, j’ai 37 ans et le million, je ne l’ai pas encore. On va y arriver je l’espère. Mais mettons que je le touche à 45-50 ans, et bien ce mec-là, il aura obtenu son premier million en moitié moins de temps. Et ça, ça impose une forme de respect. C’est indéniable. Donc quand cette personne parle, tu enlèves tes écouteurs, tu arrêtes de discuter avec ton copain ou ta copine et tu écoutes ce qu’il raconte.

 

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

Baptiste Bellecour (Ionis-STM promo 2015) : « l’humain, ce n’est pas un process ! »

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